Couverture du Spirou Noël n° 923 du 22 décembre 1955

Sur la couverture du numéro spécial de Spirou Noël n° 923 du 22 décembre 1955, Franquin a représenté de nombreux détails dans une vue aérienne du centre d'une petite ville. Une scène avec une belle ambiance, couverte d’une fine couche de neige.

C'est un dessin que j'aime regarder à chaque fois. Il y a tellement de choses à découvrir. En ce mois de décembre, je venais juste d'avoir sept ans. Bien que le dessin représente probablement une ville flamande, je reconnais beaucoup de choses de mon enfance à Brielle, près de Rotterdam aux Pays-Bas. La Citroën 2CV, la Renault 4CV, le scooter qu’on voyait si souvent à la fin des années 1950, sans oublier l’américaine le long du canal.


 

Et le garage sur la place avec ses deux pompes à essence. Ici de la marque Vroup que Franquin utilisait souvent dans ses bandes dessinées. L'enseigne Vroup est juste visible au-dessus des portes du garage fermé. On ne voit qu’une seule antenne de télévision. C'était très différent quelques années plus tard. Les toits étaient alors pleins. Et regardez combien de femmes portent un manteau de fourrure. Merveilleusement chaleureux. On ne voit plus ça aujourd'hui. À cette époque, c’était bien normal.

  
 

Plus tôt dans la soirée, une nouvelle couche de neige est tombée. On peut toujours le voir dans les traces derrière les personnages et les moyens de transport dessinés. Et la neige souvent encore intacte juste devant les piétons. On peut suivre la piste du scooter jusqu'à la petite Renault. Franquin a clairement pensé à toutes ces traces. Une seule piste soulève une question. D'où vient ce vieil homme barbu avec sa canne? Ses traces commencent au milieu de la rue.


 

La plupart des gens, bien endimanchés, se précipitent vers l'église. Les messieurs et les mesdames avec des chapeaux appropriés. À travers les fenêtres, on peut voir la lumière à l'intérieur de l'église, la cloche de l'église indique minuit moins neuf. La messe de minuit est sur le point de commencer. C'est donc la veille de Noël, le 24 décembre. Spirou et Fantasio, accompagnés de Spip, se dirigent également vers l'église. C'est l'hiver, donc les deux portent un foulard. Spip porte une casquette bleue. 


 

Un couple vient de la place. Le monsieur soulève le chapeau et salue un homme de l'autre côté de la rue, qui le salue sur le chemin du retour. Madame n’en pense pas que du bien ; on ne salue pas un type comme ça, il ne va même pas à l'église.


 

Sur la place se trouve la cabine téléphonique, indispensable pour ces jours-là, et éclairée bien sûr. En plus il y a la statue à la mémoire des morts de la Grande Guerre et la colonne Morris. On peut y lire Geor Bras: Georges Brassens. Sur la place on voit un jeune couple amoureux, ils tiennent la main. Il sourit, elle rougit. Un peu plus loin, un clochard fait la sieste sur un banc.

         

Du Café Au bon coin de l'autre côté, deux jolis fêtards éméchés entrent dans la rue. En face du café se trouve le cinéma Ciné Hollywood bien éclairé. Il n'est pas possible de lire exactement quel film tourne. Le Gang des Durs? Un western?

  
 

Au milieu du dessin, on voit le Restaurant Au Père Grégoire. Le menu est accroché à droite de la porte d'entrée. Un couple marié le lit. Vont-ils dîner si tard? A côté se trouve un jeune couple. Un homme maigre, aux cheveux courts, les mains dans les poches de son manteau: André Franquin. La femme à lunettes et joliment vêtue à côté de lui est sa femme Liliane. “Ils semblent hésiter à entrer”, écrit Yvan Delporte dans Les Noëls de Franquin *. “Mais”, poursuit-il, “Liliane n'est pas femme à attendre sur le trottoir qu’on se décide. Dans la réalité, elle aurait téléphoné déjà la semaine précédente pour réserver la table et quasi choisir le menu.”

 
 

Un homme barbu marche devant la fenêtre de Les Beaux Livres à côté du restaurant, avec une mallette dans sa main droite et un grand dossier sous le bras gauche, d'où quelques feuilles de papier ont failli de tomber. C'est Yvan Delporte, rédacteur en chef de Spirou à l'époque, et un bon ami de Franquin. Est-ce qu'il vient de ramasser les planches manquantes d'une bande dessinée? Cela pourrait être.

Une petite fenêtre est visible sous le toit au-dessus du restaurant. La lumière est allumée et un homme à lunettes tient un crayon ou un stylo dans sa main droite. Travaille-t-il encore sur les dernières pages d'une bande dessinée? La date limite est-elle déjà passée? Au coin des Beaux Livres se trouve le grand arbre de Noël de la ville, admiré par cinq enfants.

 

 

En haut à gauche, derrière les maisons autour de la place, un homme marche rapidement le long du canal. Il fait froid et le poêle à charbon l’attire. Dans le canal, on peut voir quelques maisons reflétées dans l'eau calme. Mais est-ce vraiment calme? Les fenêtres et les toits réfléchis semblent indiquer un certain mouvement dans l'eau.

 

Maintenant, regardez les traces de pas de l'autre côté du canal. Mon ami Remco Plas, qui, comme moi, est un grand fan de la bande dessinée, me l'a fait remarquer.. Nous avons tous les deux regardé ce dessin plusieurs fois. Les traces de pas viennent de la gauche et se dirigent vers l'eau. Il y a juste une marque de talon sur le bord. Est-ce que quelqu'un est entré dans l’eau spontanément? Suicide? Je pense que Franquin a dessiné cela exprès. Noël n'est pas aussi ‘joyeux’ pour tout le monde. Certaines personnes sont très seules ces jours-là. Et de mauvaise humeur.


 

Cette année 2020, je souhaite à tous le meilleur en ces temps difficiles. Restez en bonne santé, ayez du courage et essayez de profiter de tout ce que vous pouvez faire.

Martin Schrijvershof